20.3.20

De part et d’autre du No Man’s Land,  des hommes dans les tranchées britanniques opposées aux allemandes ont sacrifié leur vie pour notre Liberté. D’autres ont survécu. De 1914 à 1918, d’horribles événements ont marqué le Front Ouest, « the Western front », et spécialement dans le secteur des Bois de Ploegsteert, de Saint-Yvon, de Messines. Durant ces quatre années de guerre de position, des personnages, qui devinrent connus par la suite, ont participé à ces hostilités. 
Cette fiction dramatique, écrite par Michel De Witte, est basée sur des faits historiques qui ont marqué le paysage de Ploegsteert.

Le décor se partage en trois parties :
- au centre, un terrain vague représentant le No Man’sLand
- à gauche : les tranchées britanniques
- à droite, les tranchées allemandes.
Selon le déroulement de la pièce, l’éclairage illuminera en alternance les différents jeux de scène. L’autre côté restant dans l’obscurité.

La distribution :


Bruce Bairnsfather : lieutenant anglais et caricaturiste
Old Bill : soldat anglais,  bourru, grincheux, grosse moustache
Albert French : soldat britannique, adolescent volontaire, aime écrire

Fritz : soldat allemand, gros, bon vivant
Otto Meyer : soldat allemand, bon père de famille, réfléchi
Adolf Hache : caporal allemand, militariste, orgueilleux


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Dans la tranchée anglaise


Bruce Bairnsfather : How do you do, Soldier ?
Old Bill : How do you do, Sir ! Thank you !
Bruce : Nice to meat you !
Bill : Ooh, nice, nice…. It really a pitty ! An horrible pitty !
Bruce : Yes, that ‘s right ! In French, we say : “regretable” !
Bill : re-gre-table ?
Bruce : Yes ! Regretable !  But, here, in Plugstreet, you have to speak french ! Because, the people speaks French behind our lines ! Armentières, Nieppe, La Bassée jusque  Le Havre !
Bill : French ??? That will be a big difficult for me ! My name  is Bill ! or Old Bill !
Bruce : Mine is , Bruce Bairnsfather !  But, don’t be angry, Bill ; it’s easy to speak French : Do you know how to speak very well French ?  With a warm potatoes in your month !
Vous mettez une patate chaude en bouche et vous parlez normalement ! En anglais si tu ne sais  pas en français.  On va toujours te comprendre !
Bill : Waouw ! I will try ! « Je vais essayer, now ! »
Bruce : « Maintenant »  Now !  C’est maintenant !
Bill : Main-te-nant !
Bruce : OK ! Tu as réussi, Bill ! Tu vois, c’est facile, c’est gagné !
Bill : Gagné ???  Me, a winner ?  You are stupid !  Je viens d’arriver et tu dis que j’ai déjà gagné !  Et il faut encore la commencer,… cette guerre !
Regarde au bout de mon fusil : la fleur est encore là !  C’est une fleur qui vient de Warwickshire !  C’est mon village !  J’habite là !
Bruce : Ils ont dit que cette guerre n’allait pas durer longtemps ! Nous sommes déjà septembre et pour l’hiver, il parait que nous serons tous rentrés à la maison !  La guerre sera finie !
Bill : Tu crois ça, toi, Bruce ?
Bruce : Ils ont dit cela !   Donc, ce sera comme ça !
Bill : Alors, je reprendrai le bateau pour l’Angleterre, avec une fleur de Ploegsteert dans le canon de mon fusil !  Pour ma chérie !

Du côté allemand


Fritz : Halt, wer dorthin geht, weiß ich nicht, Sie !
Otto :! Deutsch Freund !  ich bin in der 1ère. Armée  de Van Klück.
L’officiiier m’envoie pour transmettre un message à tous le monde :
Fritz : Montrez moi ce papier ?
Il faut tenir la position à l’ouest de St-Yvon, car l’objectif est de prendre la ville d’Ypres en tenaille : nous occupons Messines. Bientôt ce sera Ploegsteert !
Otto : Pff ! Ca va durer combien de temps tout ça ? Et pourquoi ?  Warum ?
Fritz : Warum ?  Das  weiss ich nicht !  Et je ne veux pas le savoir !
Du moment qu’ils nous donnent bien à manger !  Des saucisses ! Des grosses saucisses ! De cheval ou de Frankfurt ? Ca m’est égal !  Mais je refuse de courir en avant vers l’ennemi si mon estomac est vide ! Vous entendez ça, camarade ?
Otto : Ja, Kamarade !  Mais appelle moi par mon nom : Otto, Otto Meyer !  Je suis forgeron de métier et j’avais beaucoup de travail en Bavière, avant de venir ici !  Tout ça pour les beaux yeux du Roi de Prusse, le Keiser Willem II.
Et toi, tu viens de où ?
Fritz : Moi, je suis un petit ouvrier de ferme ! Quelques jours ici, pour soigner et traire les vaches ! Quelques jours ailleurs pour cultiver du chou, du rutabaga ! Parfois, je suis une semaine sans travail ! Alors… on a faim !  C’est terrible, avoir faim !
Otto : C’est bien vrai !  Surtout quand on doit veiller sur une famille !
Mais, profites-en, ici !  On va te donner à bouffer et… à boire ! Les officiers savent bien que pour aller au casse-pipe, il faut prendre des forces. Ils donnent même du Chnap ! Beaucoup de chnap !  Comme ça, tu ne vois plus le danger !
Fritz : Aah ?  Le Chnap… avec ça : on chante, on rit !  Gutt !
Otto : Ja !  Achtung :   a faire trop bonne chère, l’Allemagne te transforme en… « chair à canon »


Albert,  le soldat gamin


Bruce : Elle a quel âge, ta chérie ?
Bill : 26 ans ! On va se marier l’année prochaine !
Albert French  (qui apparaît) : « 26 ans ! » C’est dix ans de plus que moi !
Bruce & Bill : Oh là, Qui est là ?
Bruce : Mais qui es-tu, mon garçon ?
Albert : Je suis Albert, Albert French ! J’ai 16 ans et je viens de Wolverton !
Bruce : Pourquoi es-tu ici ?
Albert : Parce que le capitaine m’a dit de venir ici pour apprendre à tirer avec une mitrailleuse !
Bruce : Mais t’es bien trop jeune pour ça, mon garçon !
Albert : Si, si, le capitaine m’a dit qu’un monsieur, Bruce qu’il s’appelle et qui est lieutenant, pourra tout me montrer ! Est-ce que c’est vous ? Monsieur Bruce ?
Bruce : Oui, c’est moi ! Bruce Bairnsfather ! Tu sais, mon petit bonhomme, je préférerais t’apprendre à dessiner ! C’est bien plus amusant !  Tenir un morceau de charbon de bois ou de craie, ce n’est pas très lourd !  Mais porter une mitrailleuse, mon petit Albert, tu ne saurais même pas la soulever !
Albert : Pourquoi vous me dites ça ?... Pour me décourager ?
Bruce : Ben oui, mon garçon !  Tu as 16 ans ! Donc…tu as triché sur ton âge pour te faire enrôler dans l’armée britannique !  La belle affiche de Kitchener « YOU » t’a convaincu !  Mais il en faut 19 ! T’es bien trop jeune, mon petit gars !
Regarde-moi. Devine mon âge ?
Albert :  N’ sais pas, moi ????
Bruce : J’ai 26 ans ! Comme la fiancée de Old Bill !  Et je suis ici, parce que j’étais déjà dans l’armée pour servir l’empire britannique et la Couronne d’Angleterre, bien avant que l’Allemagne déclare la guerre !  Mais toi !... Tu as encore du duvet à ton menton !
Old Bill : On pousse sur son nez, y a encore du lait qui sort !
Albert : Vous êtes méchants ! Vous vous moquez de moi parce que je suis jeune ! Mais cela n’empêche pas, un jeune, d’avoir déjà un idéal et un but ! Servir mon pays au sein de l’armée !  La campagne de recrutement m’a décidé : je me suis engagé Volontaire ! Comme tout le monde, j’ai reçu mon casque et tout le barda ! Je suis arrivé ici, la fleur au fusil… en attendant de « tac tac tac »….(imite rafale) !


Voilà le caporal moustachu


Fritz : Viens t’asseoir ici, Otto !  Je veux te demander quelque chose !  La même chose que mon grand-père a faite quand c’était la guerre prussienne contre la France en 1870.
Otto : Quoi donc ?
Fritz : Si je ne reviens pas, d’aller porter à ma mère, ce message ! Elle habite l’Alsace !
Otto : L’Alsace !!! 
Fritz : Oui, cette région, avec la Lorraine, que l’Allemagne a annexée après la défaite de la France !
Otto : Mais quel carnage ça a été ! Finalement, tout ça pour rien ! C’est toujours comme ça : « Des gens qui ne se connaissent pas et qui se tirent dessus, pour des gens qui se connaissent, mais qui ne se tirent pas dessus ! »
(Quelqu’un arrive en chantant la gloire allemande)
Otto : Tiens, voilà quelqu’un ! Tu le connais ?
Fritz : Nein !
Otto : C’est un nouveau !
Fritz : Et un caporal !  Attention !  Ce sont parfois des mouchards !
Otto : Ou des tires-au-flan !
Fritz : Ou des profiteurs !
Otto : Chuuut !

Adolf Hache (arrive devant, inspecte sa tenue, fier !) : Guttendag !  Ich bin Adolf Hache.
Je suis le nouveau adjoint du sergent qui commande la section. Il est blessé et ne peut plus se battre  à côté de vous !  Contre les Anglais !  Et pour la grande Entente allemande-austro-hongroise !
Fritz : Ach, Gut, Kaporal,… Bienvenue sur le Front de l’Ouest
Adolf : Danke Schön !
Fritz : Il faudra vous habituer à la pluie, le froid, la boue, les rats… et les saucisses !  Rien d’autre à bouffer ici !
Adolf : Avez-vous des nouvelles de la bataille d’Ypres ? Il parait que toute la ville est démolie ! C’est une belle victoire pour notre Keizer Willem II.  Bientôt, nous avancerons sur Paris !  Et nous atteindrons Dunkerque !  Il faut gagner la course à la mer pour enrichir l’Allemagne !
Otto : Pas si vite, caporal !  Faut pas croire que les Anglais, ici devant nous ; les Français du côté de la Marne ; et les Belges, là-bas à Nieuport vont nous laisser passer aussi facilement, comme tu sembles l’espérer !
Adolf : Les petits Belges, avec leur vélo qui fit « dring dring »… On va tous les faire crever : d’abord les pneus , pffuit… et puis les hommes,  patacrack …


Inondations autour de l’Yser


Bruce : Dis, Bill…Tu ne sais pas quoi ?
Bill : Non,… mais tu vas me le dire !
Bruce : J’ai entendu que les Boches sont bloqués et pataugent dans la flotte, devant l’Yser ! Là-bas, du côté de Diksmuide. Les Belges ont réussi à inonder toute la plaine de Flandre pour empêcher l’avance des Boches !
Bill : Ici aussi, on est inondé !  Il n’arrête pas de pleuvoir !  Regarde ces tranchées… Bientôt on va patauger comme des phoques,… des amphibies !
Bruce : Ecoute, Bill, là-bas, c’est bien plus que ce que tu l’imagines !  J’ai entendu que le roi des Belges a fait ouvrir toutes les écluses de Nieuport !  Et, à la première marée haute, l’eau de la mer a envahi tout le Westhoek. Alors, stop les Boches, ils ne passent plus, sinon qu’à la nage !  Et ils se sont rassemblés devant Ypres !
Bill : Mais ici non plus, ils ne passeront pas parce qu’n les attend de pieds fermes. Ca fait deux à trois mois qu’on n’arrête pas de creuser ces saloperies de tranchées. Au lieu d’avancer et de les éliminer, on prend racines ici, dans ces galeries, derrières ces parapets.  Il faudrait donner un bon coup de pelle à tous ces Boches !  Mais non, les ordres sont les ordres… il faut remplir des sacs, et encore des sacs, et toujours des sacs pour monter des parapets !  Des kilomètres de parapets, avec du barbelé encore par dessus ! 
Bruce : Il faut bien se protéger, mon vieux Bill !  Sinon, je ne donne pas cher de ta peau !  Et la balle qui trouera ta poitrine, ne sera pas une belle perdue ! 
Bill : Moi, j’dis : à ce train-là, à creuser comme ça des trous et des galeries pour s’y enterrer, et vivre comme des taupes dans la boue, avec de l’eau jusqu’aux genoux… on va tous crever avant qu’ils n’aient décidé d’en finir avec cette satanée guerre !
Bruce : T’as raison ! J’ai entendu qu’à côté d’Ypres, une bataille entre le régiment de… et les Boches a déjà fait …. morts !   Tu te rends compte : …… morts !
Bill : Ouais…. C’est beau l’héroïsme !
Albert : Moi, c’est ça que je veux vivre !  Allez à la rencontre de l’ennemi pour montrer mon courage et ma volonté, pour servir mon pays, et pour l’honneur de la couronne !
Et nous gagnerons !
Bill : Ne parle pas trop vite, mon petit Albert !
Est-ce que tu as déjà fait dans ton froc ?
Bientôt tu sauras !


Pourquoi cette guerre ?


Fritz : Otto, dis moi ! Sais-tu pourquoi on est ici, dans ce trou perdu de Belgique ? Terré dans ces tranchées de merde ! A attendre ! A se cacher ! A observer ce qui se passe juste en face ? A se protéger des tirs anglais ? A riposter avec nos obus ? Pourquoi, bon sang ?

Otto : On n’apprend pas ça à l’école !  Mais notre prétentieux  Keizer moustachu, Guillaume 2 s’est uni à l’empire austro-hongrois et à l’empire ottoman, pour prendre notre part dans la conquête du monde, surtout dans la colonisation des autres continents ! La France et l’Angleterre sont bien à l’avance sur nous !
Fritz : Oui, et alors ?
Otto : Et bien, l’héritier du trône d’Autriche, l’archiduc François-Ferdinand, a été assassiné fin juin à Sarajévo par des Serbes !  Mais ils ont soupçonné les autres !
Fritz : C’est qui les autres ?
Otto : C’est l’autre entente alliée. Celle de la France, avec l’Angleterre et la Russie ! Et à cause de cet attentat, ça a fait « boum ». Tout le monde s’est mis en guerre ! Toute l’Europe sera à feu et à sang, à partir de ce fameux 4 août 1914.
Adolf : Nous sommes l’Empire de l’Europe… Centrale !  C’est pour cela qu’il existe deux fronts : un à droite : le Front russe, à l’est ; un autre à gauche : celui-ci, le Front de l’Ouest pour prendre Paris et atteindre la mer.
Otto :  Pourtant, caporal, notre culture allemande est amplement suffisante. Tout cela est ridicule !
Fritz : Je ne comprends pas. La Belgique n’est pas la France, ni l’Angleterre ! Fallait pas passer par Liège, Charleroi, Bruxelles !
Adolf : Ce petit pays de Belgique a toujours voulu rester neutre et indépendant ! Comme c’est un pays stratégiquement facile à traverser, on est passé par la Belgique pour envahir la France et gagner l’Angleterre ! 
Otto : On n’en avait pas le droit !  Tout cela, c’est la grosse théorie du plan Schlieffen !  Mais en pratique, on est bloqué ici, depuis des semaines et des semaines : à Messines, à Comines, à Warneton…
Fritz : Regardez là, caporal, l’ennemi est là, à 200 m !  Il nous attend : baïonnette au canon !  Interdiction de reculer par ordre impérial, Plus moyen d’avancer d’un mètre !
Otto : Ce sera à qui s’usera le plus vite. On pourra compter les pertes en vie humaine par rapport aux m² gagné sur l’ennemi !
Tout cela est horrible et stupide, vous ne trouvez pas, caporal ?
Adolf : Mais c’est pour la grandeur  de l’Allemagne.
Et on passera toujours par la Belgique.
Même dans 20 ans, s’il le faut !

Ma très chère soeur,


Bruce : Donc, Albert, tu ne veux pas apprendre à dessiner !  Tu sais, il y a, là-bas, une petite maison à St-Yvon !  Elle est à moitié démolie mais elle me sert d’observatoire sur toutes les lignes allemandes !
Albert : Oui, je viendrai avec toi, mais pour voir les lignes ennemies ! Mais pas pour apprendre à dessiner.  Mais, je préfère écrire !
Bruce : Comme tu voudras Albert !
Bill : T’as déjà une fiancée, toi, à ton âge ?
Albert (timide) : Non ! J’écris à ma sœur !  Elle remplace ma mère !
Bill : Pourtant, Albert, tu as beaucoup à apprendre de Bruce !  C’est un lieutenant !  Il a fait des études ! Quand il dit quelque chose…
Albert : Bon, bon !  Voulez-vous bien me laisser un peu tranquille.  Je voudrais bien rédiger une lettre !
Bruce : Comme tu voudras, Albert !
Bill : Schut up !
Albert :
Ma chère sœur May,
Juste un petit mot en espérant que tu vas bien, tout comme moi.
Je suis toujours vivant et en bonne santé. Je peux te dire qu’ici, rien ne ressemble à Wolverton : tout est pire !
Comme je ne me tracasse pas trop des obus et des balles, ne t’inquiète donc pas.
La guerre finira bien un jour, n’est-ce pas !
On vit autant dans les tranchées qu’en déhors.
Nous n’avons pas eu beaucoup de combat jusqu’à présent.
Le temps varie beaucoup ici : il faut très chaud pendant la journée, et très froid la nuit.
Mais nous dormons plus le jour, car la nuit, nous avons toujours de travail à consolider les abris.
J’espère aussi que nous aurons beaucoup de batailles avec les Germans. Mais sans tirer sur eux !  Comme si on jouait à la guerre. Comme ça, on pourrait sortir des tranchées, elles sont tellement pourries.
Je termine cette lettre, ma chère sœur, en t’assurant de toute mon affection.
Baisers.
Albert !
Bill : Embrasse-la, ta lettre. Ecris-le : KISS en grand, avec des petites croix !


Je l’aurai, cette Croix de Fer !


Otto : Tu vois ca château, là-bas, sur la crête derrière les bois ?
Fritz : Oui,  très beau ce château ! Surtout avec sa tour surmontée d’une toiture en forme de bulbe ! Ca ressemble à notre casque, avec sa pointe !
Otto : C’est vrai, cela !  Mais autant cette bâtisse offre une jolie architecture, autant notre casque est un peu ridicule avec toutes ces fioritures inutiles !
Adolf : Qu’est-ce que vous dites ?  Nous, les Allemands, nous portons le plus beau casque du monde, parce que nous sommes les plus forts.  Cette pointe, là, représente notre belle race, notre ambition supérieure, notre force invincible ! Sachez-le bien ! Nous sommes supérieurs !
Otto : Supérieur ?  Pour en boucherie, oui !!! Savez-vous, caporal Adolf, combien de bébés belges ont été embrochés et de femmes violées avec d’arriver ici ? Lorsque nous avons traversé Liège, Charleroi, Bruxelles, durant la première semaine d’août ?
Adolf : C’est la guerre, mon vieux, c’est la guerre ! Et la puissante Allemagne doit vaincre  les Poilus et les Rosbeef !
Fritz : Rosbeef ???  Les Anglais, voulez-vous dire, caporal ?
Adolf : Jawohl :
Fritz : Du rosbeef !  Ils mangent du rosbeef,  les veinards !  Parce que nous, les saucisses, j’en ai jusque là !  Pfff,  j’ai envie de changer de camps !
Adolf : Ne redis jamais ça, espèce de gros frisé !  Sinon, c’est le poteau et… feu !
Fritz : Toi, t’as vraiment pas d’humour et pas de cœur, Adolf !  T’es qu’un petit caporal vaniteux !

Adolf : Moi ???  Mon cœur ne bat que pour l’Allemagne !  Et là, sur mon cœur, je veux accrocher une chose : la « Croix de Fer », la plus méritante distinction pour un soldat allemand.
Mais je l’aurai cette croix, je l’aurai !
Otto : A vous entendre, Caporal Adolf, j’espère comme vous qu’on vous la donne un jour, cette croix… mais à titre posthume !
Adolf : Posthume ?  Qu’est ce que ça veut dire ?
Fritz : (fait un geste de la main, en forme de croix)
Silence,… soudain….
Adolf : Was ist das, da draußen? Siehst du ?  Sur le château, là-bas… des signaux lumineux ! Ils nous observent !  L’ennemi nous surveille !
Il faut le bombarder !  Schnell, ich sage das commandantur
(Fracas de bombardement)

Le Château vole en éclats


(Explosions, Boum,…)

Bill : Bruce, Bruce, Have a look !  Regarde, le Château de Plugstreet explose !  My god !
Bruce : Oh les salauds !  What a disaster ! Notre château est volé en éclats !  En mille morceaux ! Mais pourquoi ? Il n’y avait plus personne dans ce château ! La famille des brasseurs Breuvart est partie, en France, réfugiée !
Bill : Pourquoi ne l’a-t-on pas réquisitionné alors, au lieu de nous faire dormir dans ces abris à rats, sous ces parapets ?  On aurait pu alonger ses jambes, enlever ses bottines, cuire un rosbeef !  Au lieu de toujours bouffer ces boîtes de « corned beef » avec de la compote de pommes et  prunes ,
Bruce : Là, tu veux faire de l’humour, Bill !  Mais, ce n’est pas de l’humour anglais !  C’est de l’utopie bien rêveuse ! 
Bill : OK, Bruce !  That ‘s true !  Si hier on s’était installé là-bas, on ne serait plus là, demain.  Mais je l’aimais bien ce château construit sur cette butte !
Bruce : NO « butte », Mont de la Hutte !
Bill : OK construit sur cette hutte ! Regardez ! En ruine !  Il me consolait de mon Angleterre : Surtout quand on retournait au campement à l’arrière, après nos six jours de tranchées !
Bruce : Quel dommage !  En marchant tout le long de la Mud Lane, pour regagner l’arrière et mériter quelques jours de repos, ce château nous faisait penser à nos familles, à nos maisons de villes en Angleterre ! … Je l’aimais bien, ce château !
Bill : On n’aura plus qu’à aller récupérer des planches, des portes, des chaises pour améliorer un tout petit peu notre confort, ici dans les tranchées !
Bruce : Hé !  Albert !  Ecris à ta sœur que, si après la guerre, elle veut venir en vacance à Plug-street, dis-lui bien qu’il n’y a plus de château !  Mais il y aura encore sans doute de la bière à Ploegsteert !

J’ai fait les Beaux-Arts de Vienne


Fritz : Comme ça, on appelle les Anglais,… « des Rosbeef » !
Moi, qui soigne si bien ce bétail, c’est déshonorant !
Otto : Et moi, j’étais occupé de fabriquer un lustre en fer forgé quand j’ai tout dû quitter pour venir me battre ici.  Je me demande bien pourquoi ?
Fritz : Vraiment, on perd son temps, ici !
On perd des camarades, et on démolit tout !
Regardez ce château, là-bas !  Quelle ruine !
Adolf : Kamaraden, si l’Allemagne veut s’agrandir, il faut envahir les pays voisins !
Otto : Dites nous, caporal, si l’empereur Guillaume II n’avait commencé cette guerre, vous auriez fait quoi, vous, caporal ?

Adolf : Moi ?  De la peinture ! De l’art ! J’ai été élève aux Beaux Arts de Vienne ! J’ai appris à peindre à l’huile, à l’aquarelle !  J’aime observer les choses et les reproduire exactement !  On dit que c’est un signe d’intelligence !..
Mais un professeur n’a pas voulu reconnaître mon talent !
Otto : Après cette guerre, allez-vous vous remettre à la peinture, à la décoration ?  Car tenir un pinceau, c’est quand même mieux que tenir un fusil, non ?
Adolf : … Je ne sais pas !
Otto : Vous ne savez pas !!!  Mais vous prétendez avoir du  talent !
Adolf : Peut-être !  Certainement que j’ai du talent malgré qu’on m’ait refusé à l’académie !
Tiens, regarde cette aquarelle !  (il sort son dessin)
Qu’en dis-tu ?
Otto : Mais c’est une photo en couleurs ! Un bâtiment en ruine !  Lequel ?
Adolf : Je suis cantonné à la ferme Bethléem, là-bas, près de la rivière de la Douve !  De là, j’aperçois bien le village de Messines que nous avons gagné après avoir démolie l’église ! Car, pour avancer, il faut bombarder tous les bâtiments qui peuvent servir d’observatoire ! De là-haut, on pouvait voir les deux fronts qui s’opposent !  Mais, d’accord, c’était une belle église, trapue, toute en pierres !  Je l’ai peinte avec de la gouache !
Otto : C’est beau, en effet, mais tellement triste qu’elle soit dans cet état là.
Et vous n’avez même pas dessiné une seule petite bougie qui brûle encore sur un chandelier… en signe d’espoir pour une paix qui ne doit plus tarder à venir !


Ils sont amusants, tes dessins !


Bill : Comme ça, Bruce : tu dessines !  u dessines pendant que nous on creuse et on patauge dans la boue en attendant la prochaine attaque qui ne vient pas !
Albert : Tu dessines quoi, Lieutenant ?  Des paysages, des gens, des chevaux ?
Bruce : Un peu de tout ça, Albert ! Mais je dessine aussi beaucoup de caricatures de soldats qui se moquent de cette satanée guerre !
Bill : Regarde-moi, Albert ! Il adore faire mon portrait !
Albert : Il te dessine comment, alors ?
Bruce : Comme tu le vois !  En exagérant ce qui te frappe !
Regarde-le bien ! Old Bill, c’est en gros Tommie, avec une grosse moustache de phoque qui retombe, un joufflu avec toujours sa pipe en bouche !
Et toi, je te dessinerais comme un garçon sans un seul poil a son menton… et qui doit encore murir ! Toujours occupé d’écrire !
Albert : Est-ce qu’il y a longtemps que tu fais des caricatures ?

Bruce : J’ai commencé à griffonner sur les murs à la chaux d’une maison abandonnée de St-Yvon ! Avec des morceaux de centres ou du charbon de bois ! Mes mitrailleurs ont trouvé ça amusant !  Cela les a fait rire ! Puis, ils m’ont demandé de faire leur caricature sur du papier qu’ils ont envoyée à leur famille en Angleterre !
Quand les officiers ont appris cela, ils sont aussi venus me demander de faire d’autres dessins qui font sourire ; Cela remonterait le moral des troupes, pensaient-ils !  Et c’est toujours  avec Old Bill, comme personnage principal, que j’ai dénoncé par la dérision, toute la stupidité de la guerre !
Bill : Tu entends ça, Albert ! C’est de moi qu’il parle ! Et dans 100 ans, on reparlera encore de Old Bill !
Albert : Et de moi aussi ???
Bill : Je l’espère pour toi, mon petit !
Mais peut-être pas de la même manière !


La bataille du 19 décembre


La scène démarre sur 2 minutes de carnage, d’explosions, d’éclairs, de cris

Bill : CAREFUL !  Attention, Albert !
Albert (se dressant) : Regarde-là bas !
Bill : Planque-toi !  Albert, couche-toi ! nom de dieu !
Bruce : Cette fois, les Boches canardent ! Mais nos parapets tiennent bon !  Ils résistent !
Albert (heureux) : Je suis venu pour vivre ça ! Je veux voir ce champ de bataille qui pète de partout !
Bill : Reste-là ! Abrite-toi ! Demain, tu pourras courir en gueulant  « mort aux Boches » !
EXPLOSIONS !
Bruce : my god !!!  Un obus a explosé dans notre tranchée, près de la Douve ! il y aura des tués !  Beaucoup de blessés !  Maudite guerre !!!
Albert : Combien de morts ?
Bruce : Je ne sais pas ! Mais un seul mort, tu m’entends, un seul… c’est un de trop !
Albert : « Engagez-vous » disait l’affiche !  Mais cet obus aurait pu éclater sur nous ,
Bruce : Tu croyais que  c’était pour faire de la villégiature sur le continent ? Et bien tu vois, gamin, quelle connerie, cette guerre !!
EXPLOSIONS, puis le CALME -  Silence


Albert (écrivant) :
Ma chère sœur May,
Déjà le 20 décembre !  Hier, les Boches nous ont bombardés avec de l’artillerie lourde ! Maintenant, autour de nos positions, des trous d’obus ressemblent à des cratères lunaires ! Cette nuit, j’ai aidé mes compagnons à enterrer les malchanceuses victimes, au plein milieu du bois de Plugstreet, au milieu des arbres lugubres. Maintenant, ces malheureux hommes sont les uns à côté des autres, sous  des monticules de terre brune, surmontés d’une croix.
Dans un siècle, ces tombes seront  encore là !  Les passants se souviendront-ils de ce carnage ? Je crains qu’il y en ait encore d’autres, et encore, et encore…
Je t’embrasse, chère sœur, avec ma fraternelle et douce affection.
A lot of kisses !


La “stille nacht”


Otto : Ce soir, les saucisses sont meilleures ! Et les Officieren nous laissent tranquilles. Un peu de calme fera du bien !
Fritz : Mon cher Otto !  As-tu oublié que nous sommes le 24 décembre !  Je voudrais bien leur foutre la paix à ces Anglais !
Quand j’étais enfant de chœur, on chantait : « Gloria in excelsis déo… » Je n’ai jamais su ce que ça voulait dire !
Otto : C’est du latin.  « Gloire à dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »
Fritz : On chantait aussi tous les couplets :

Les anges dans nos campagnes
Ont entonné l'Hymne des cieux
Et l'écho de nos montagnes
Redit ce chant mélodieux
Gloria, in excelsis Deo
Gloria, in excelsis Deo
Otto s’est mis a chanter également et  Ils finissent en riant !
Otto : Fritz, tu chantes fort, et parfois c’est faux, mon vieux !
Fritz : Ce n’est pas grave !  Allez, bois un coup, Otto !  Et toi aussi, caporal Adolf : «Frohe Weihnachten »
Adolf : Jawolf ! « Joyeux Noël »  und « Prosit - Santé »
En Allemagne, nos familles font aussi la veillée de Noël et ils boivent à notre santé !
Fritz : Et nous, nous sommes toujours ici ! avec nos grosses bottes, notre fusil, nos saucisses et… le caporal qui nous scie les côtes avec son idéal allemand !
Adolf : Moi, je ne connais qu’une seule chanson pour Noël :  c’est « Stille nacht »
Otto : Vas-y chante !  On verra si tu chantes aussi bien que tu peints !
Adolf commence à chanter, à l’unisson avec Fritz, puis accompagné à l’accordéon (ou harmonica) par Otto

Stille Nacht, heilige Nacht,
alles schlaft, einsam wacht
Nur das traute heilige Paar.
Holder Knab im lockigten Haar.
Schlafe in himmlischer Ruh',
Schlafe in himmlischer Ruh'

La Trève de Noël


Albert : Vous entendez, Monsieur ?  De l’autre côté !
Bruce : Oui, ça fait un moment qu’ils chantent !
Albert : Et ils chantent bien !  C’est très joli !
Bruce : Tu connais ces mélodies, Bill ?
Bill :  « Silent Night »
Silent night, holy night!
All is calm, All is bright
Round yon Virgin, Mother and Child
Holy Infant so Tender and mild,
Sleep in heavenly peace,
Sleep in heavenly peace.
Albert : Merry Christmas
Bill : Merry Christmas
Bruce : Merry Christmas
A trios, criant à l’unisson : “ Merry Christmas »
On répond :  « Danke schön -  Frohe Weihnachten “
Silence...Un sapin allumé apparait côté allemand
« Kommen Sie hier »
Puis Otto apparaît debout avec le sapin
Otto : Venez par ici !
Joie et applaudissements chez les Anglais
Bill : Vous, venez par ici !
Otto : Non, vous, venez à mi-chemin !  Je viens l’autre moitié !
Bill : Avancez, alors !
Otto : Gut !  (Il s’avance avec Fritz)
Bill : Mais vous êtes deux !
Otto : Pas de problème !  Ami ! Ami !
Bill : Bruce, come here !  (Ils s’avancent aussi)
Les quatre se regardent en faisant des signes de méfiance : fusil ?  pistolet ?  grenade ?
Puis, un rire général éclate quand Bill agite un mouchoir blanc !
Fritz : Frohe Weihnachten !
Bruce : Merry Christmas ! 
Silence, puis ils se serrent la main !

Otto : Ich, Vater von zwei Kindern !  Bavière !
Bill : Moi, fiancé, chérie (geste)   Bientôt mariage !
Look, she is so pretty ! Isn’t ?
Otto : Très jolie !   (Puis il donne des cigares et des cigarettes)
Tabac allemand !  Kado  (il montrer le sapin)
Bill (qui lui donne une flasque d’alcool) : Thanks !  That’ s for you !  Scotch whisky
On se partage les cadeaux dans la bonne humeur, avec des signes !
Bruce inspecte un uniforme allemand :
Bruce : Moi, collectionneur !  (il regarde un bouton)
Un bouton pour moi ?
Ce bouton pour toi !  (Il coupe les boutons avec son rasoir)
Otto (sort un papier et écrit) : Mon nom !  Mon adresse !  Ecrire quand ce sera fini !
Bruce regarde les casques et donne le sien en échange.
Otto : Aach, ja…collectionneur !  (grande fraternité gestuelle)
Bruce : Cheveux longs ! Mon ami peut couper !  Albert, Albert !  Please, come here,
 My friend wants to cut his hair !
Albert : Yes, je prends mon peigne et ma tondeuse !
Seat down, please.  (Otto s’assied et Albert le coiffe)
Adolf (qui s’est approché) : Otto, tu aimes le foot-ball ?
- Oui
- Et toi Fritz ?
Fritz : Ooch, Je ne sais pas courir après un ballon !
Adolf : Pas besoin de ballon !  Nous jouerons avec cette boîte en fer :
Demain, nous disputerons un match de foot-ball : L’Allemagne contre les Anglais.
Voulez-vous jouer demain ? Messieurs les Anglais ?
Bill : Oui, volontiers !  Pour la Noël !
Bruce :  Oh oui, au lieu de se tirer dessus pour s’entretuer !
Otto : Espérons que cette Trève de Noël se répète sur l’ensemble du Front et que l’on continue à fraterniser comme aujourd’hui !
Adolf : Alors, rendez-vous demain, 11 heures, ici, sur le No Man’s Land !
Bruce (en apparté)

"Comment cette haine est-elle possible, avec cette guerre, ces affres, en un jour pareil ?" Sentir cette Paix et cette Bonne Volonté devient indescriptible et agira sur le déroulement de la journée.  Effectivement, je ne fus pas loin de la vérité et de plus, j'étais conscient et heureux d'être là, dans ces tranchées, un jour de Noël, et d'être témoin en premières loges pour l'épisode exceptionnel qui prenait place. La joie planait partout et apportait, en cette matinée, une sérénité qui nous faisait oublier l'inconfort du front. Une journée – type pour une déclaration de Paix !  En cette fête de Noël, quelle belle finale cela ferait ! »

Les combats reprennent, ils sont fous !         


Albert  (écrit) :

…. Hier, c’était le jour de Noël.
Ici, sur le front de Belgique, près de Plugstreet, nous avons vécu une journée inoubliable. Pas de tir d’obus. Aucune rafale de mitrailleuse. Le silence fut rompu seulement par des rires et des applaudissements.
Les Boches et les Tommies ont fait la trêve  et ensemble, nous voulons la poursuivre.
J’ai coupé les cheveux d’un Allemand qui s’appelle Otto. Un autre qui s’appelle Fritz, m’a donné deux cigarettes que j’ai déjà fumées. Il y avait aussi un caporal Adolf, qui a voulu jouer au foot-ball. Les Allemands ont gagné 3 à 2, mais nous avons pu courir joyeusement au milieu du No Man’s Land.
Cette guerre est trop stupide et je ne le savais pas ! Si tous les hommes de bonne volonté voulaient bien baisser les armes !  Ca en serait vite fini !
Soudain : Explosions, rafales
Une voix au lointain : « L’Etat Major ordonne de reprendre le combat demain. Les soldats récalcitrants seront fusillés sur le champ. »
Albert (qui termine sa lettre) : Les généraux ont perdu la tête. Malheur à nous. Je termine vite, car il faut que je me protège.
Kisses
Ton petit frère Albert
Apparaissent Bill et Bruce :

Bill : Ca y est, ça recommence !  Hei Bruce, C’est vrai ce qu’ils ont dit ???  Les généraux sont-ils devenus fous ?
Bruce : Hélas oui !  L’ordre vient de Londres. Les attaques doivent reprendre demain. Sinon,… pistolet contre la tempe !
Alors… qu’est-ce que peut faire d’autre ?...
Autant mourir avec les honneurs ! ?

Melle from Armentières & Lili Marlène


Bruce : Ca commence à faire long ! Depuis des semaines, notre régiment est positionné, ici, dans cette « birdcage »
Bill : Oh oui, il y a tellement de barbelés, ici, d’un côté à l’autre du village de St-Yvon !  Cela ressemble à une cage à oiseau, impossible d’y passer !
Albert : Comment faire pour courir à travers ces barricades ? La guerre commence à me paraître monotone. Notre moral est foutu ! Pas vrai, Bill ?
Bill : Exact, petit !  On en a tous marre !  La boue jusqu’aux genoux, faire gaffe aux obus et aux rafales. Et pour bouffer : corned beef et compote !
Albert : Et sans parler de la marche ! Des miles et des miles à faire à pieds !
Bruce : Heureusement qu’on peut chanter quand on rejoint l’arrière !
« It’s a long way to Tipperary, it’s a long way to go… “

Bill : Moi, pour me consoler de ne pas pouvoir embrasser ma chérie, je préfère

Ma-de-moi-selle from Ar-men-tieres "Par - ley voo,"
Ma-de-moi-selle from Ar-men-tieres "Par - ley voo,"
Ma-de-moi-selle from Ar-men-tieres,
She has-n't been kissed for for-ty years,
Hink - y, Dink - y "Par - ley voo."_______

Ma-de-moi-selle from Ar-men-tieres "Par - ley voo,"
Ma-de-moi-selle from Ar-men-tieres "Par - ley voo,"
Our top kick in Ar-men-tieres
Soon broke the spell of forty years,
Hink - y, Dink - y "Par - ley voo."_______

Ma-de-moi-selle from Ar-men-tieres "Par - ley voo,"
Ma-de-moi-selle from Ar-men-tieres "Par - ley voo,"
O Ma-de-moi-selle from gay Pa-ree,
You certainly did play h----- with me.
Hink - y, Dink - y "Par - ley voo."_______

Bruce : Savez-vous que Boches chantent autre chose pour se donner du moral. C’est la chanson de Lyly Marlène
Albert : Ah oui, j’en ai même les paroles. C’est le Boche que j’ai tondu qui m’a donné le texte. Je lis :
Vor der Kaserne
Vor dem großen Tor
Stand eine Laterne
Und steht sie noch davor
so woll'n wir uns da wieder seh'n
Bei der Laterne wollen wir steh'n
Wie einst Lili Marleen. (bis)
(La chanson apparait chantée à plein poumon par Otto, Adolf et Frits, planqué derrière les parapets)

Au gaz moutarde


Adolf : Cette chanson qui vient d’un poème est démotivante pour un soldat de l’empire. On la chantera plus tard, oui, plus tard !
Mais diable, cette guerre n’arrête pas de végéter sur place !
Nos positions, toujours les mêmes, durent déjà depuis des mois !  Nous allons utiliser une arme chimique pour attaquer !  Et tant pis pour la Convention de La Haye.
Otto : Ca veut dire quoi, ça, caporal,  « tant pis » ?
Adolf : Du gaz ! Rien de tel que du gaz. Au lieu de chrapnel, on va envoyer du gaz quand le vent est à l’est !
Otto : Du gaz ?  Mais c’est interdit !
Adolf : Fouchtre ! Du gaz de chlore qui brûle la peau au premier contact !
Du gaz qui étouffe dès qu’on le respire !
Du gaz qui rend aveugle !
Du gaz qui tue !
Fritz : Nous sommes en avril 1915 !  Ca va durer combien de temps encore ??
Moi aussi, j’en ai ras le casque à pointe !
Adolf : C’est du gaz plus lourd que l’air ! Qui rampe sur le sol ! Quand le vent va le pousser vers le front anglais, il va descendre dans toutes leurs tranchées et liquider tous les Britichen Soldaten !  Kaput !
Otto : Et à nous… on va nous donner des masques à gaz ???
Adolf : Non, pas nécessaire. Le vent va se charger de lr faire avancer par là ! Vers Ypres.  On va l’appeler « gaz ypérite » et il sent la moutarde !  Donc, facile à le reconnaître !
Fritz : …de la moutarde !  Je connais ca. Avec les saucisses, c’est bien bon !  Mais… caporal, si le vent tourne et que tout revient par ici, on se met son mouchoir ?


Comme des taupes, sous terre !


Bruce : Tiens, Bill, c’est dommage de te l’apprendre, mais de l’autre côté de l’empire ennemi, sur le front russe, là-bas, la flotte britannique a accusé une sacrée défaite et perdu beaucoup de navires et de vies humaines.
Bill : Oh la la !  Où ça ?
Bruce : Dans le détroit des Dardanelles ! A Galipoli, exactement !  Et leur amiral, un certain  Winston Churchill, a été muté pas loin d’ici !  A Plugstreet, figure-toi !
Bill : Ce n’est pas bon pour nous, ça !  Qu’est-ce qu’ils vont encore inventer pour nous sortir de ce bourbier ?
Albert : Un amiral sur un bateau peut-il devenir un bon commandant sous-terrain ?
Bill : Sous-marin ?,  tu veux dire ?
Bruce : Non, Bill, il a bien dit : « sous-terrain » !
Bill : Cela fait plus d’un an qu’on doit vivre terré comme des taupes, en compagnie de rats qui viennent lécher nos gamelles !  Aaah !  Si Melle from Armentières pouvait venir me soigner les orteils !  Ca me remonterait le moral un sacré coup !
Bruce : Laisse Mademoiselle tranquille et prépare toi à bosser avec une pelle !
Bill : Ah bon ?  Quoi encore ?  Au lieu d’attaquer baïonnette au canon, on va monter à l’assaut avec une pelle sous le menton ?

Bruce : Un autre régiment a déjà creusé en dessous du mont de la Hutte, les « Catacombes », c’est-à-dire des abris pour 3000 hommes !
Et nous, toi, avec ta pelle, tu devras creuser des galeries profondes, sous le No Man’s Land, et qui arriveront sous les lignes allemandes !
Albert :  Pour faire comme les vases communicants ?
Bruce : Non, non, non ! Quand on sera bien en dessous des tranchées des Boches, on va les bourrer de dynamite !  Des tonnes de dynamite !
Comme ça, quand ça va faire BOUM, l’explosion va soulever la terre pour retomber dans leurs tranchées en enterrant en même temps les hommes !
Tels sont les ordres !
L’Etat Major a prévu 19 mines comme ça, autour de Messines !
Bill : Ca va exploser quand ?
Bruce : Chuut, secret militaire !
Albert : …  Et… si il y en a une qui n’explose pas… on ne dit rien à personne ?

La Bataille de Messines


Fritz (qui siffle un air allemand)
On entend des coups !
Adolf : Chuut !
Fritz : Je siffle pour me donner du courage, caporal !
Adolf : Taisez-vous !
(toc, toc, toc…)
Otto : je crois que les Anglais réparent ou creusent des nouvelles tranchées. Vous entendez, Caporal ? Collez votre oreille par terre !
Adolf : Exact !  Quel jour aujourd’hui ?
Otto : 6 juin 1917
Adolf : 6 juin 1917 !  Le gaz n’a pas totalement marché comme on l’espérait !  Ils avaient des masques à gaz.  Et le vent nous a fait payer la même chose : des morts asphyxiés.
Otto : C’est la guerre, caporal !  C’est la guerre !  Avez-vous déjà réfléchi au nombre de tués ?... Aussi bien chez nous que chez eux ? Hein ?
Adolf : …
Mais que préparent-ils, nom de dieu !
Fritz : Moi, j’ai encore un morceau de saucisse. Je vais l’avaler et essayer de dormir !
Je devine que demain ne sera pas un jour comme les autres !
Otto : Ou plutôt si ! Encore et toujours lutter contre la faim, la fatigue… et essayer de sauver sa peau !
Adolf : Bonne nuit ! Kamaraden !   (Il se met à réécouter le sol – Silence)
Je n’entends plus rien !
Ce n’est pas bon signe !
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Soudain… BOUM , BOUM, Fracas, Eclairs, cris d’assaut, cris de douleurs, fusillade
Après cette longue explosion, on voit Otto qui soutient Fritz par l’épaule, blessé. Il le soigne.
Adolf arrive : « Croix de fer » sur la poitrine… et parade !
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Côté anglais, dans la pénombre, Bill arrive avec Albert dans ses bras.
Bruce l’aide à le déposer et à l’enterrer



Epilogue de Paix


Au clairon, Le Last Post retentit.
Bill, Bruce   ainsi que les trois Allemands arrivent et vont devant la scène.

Fritz : Voilà, C’est fini !  Il est 11 heures. Ils ont enfin signé.  Il leur en a fallu tu temps pour se rendre compte du désastre. Ca n’allait pas durer longtemps, croyaient-ils !  Quatre ans !
Il peut le dire, notre moustachu d’empereur Guillaume II : « Je n’ai pas voulu ça ! »

Adolf : Achtung !  Je dis Achtung ! L’Allemagne a perdu !  Mais elle aura sa revanche ! Aussi vrai que j’ai mérité cette croix de fer, aussi certain je le suis… que nous reviendrons !
Et nous repasserons par la Belgique !

Otto : Il est fou !
Moi, ce que j’en dis, c’est que ce conflit a causé des millions de morts : des hommes courageux et victimes de leur héroïsme.  J’ai participé à ce carnage et aujourd’hui, je le regrette !  J’ai la vie sauve.
Pour me faire pardonner d’avoir fait tant de mal à Messines, je reviendrai, avec un lustre pour l’église !  Non pas seulement pour illuminer les voûtes, pour pour éclairer la sagesse des hommes.  Ils en ont besoin !

Bruce : Plugstreet and its wood !
The Breuvart castle !
The trenches of St-Yves,
The Mud Lane,
and The Christmas Truce…
Tout cela m’a servi de décor pour les “Fragments of France”, mais aussi pour dénoncer la stupidité de la guerre !

Old Bill : Voilà, je suis Old Bill, un soldat qui n’a jamais existé mais qui sort tout droit de l’imagination de notre ami Bruce Bairnsfather que je remercie. Il m’a donné vie et aujourd’hui encore, j’ai pu revivre !
Et vous, Mesdames et Messieurs, chers Spectateurs, je tiens à vous remercier pour le Devoir de Mémoire auquel vous tenez beaucoup !
« Don’t forget and remember »
Merci de ne jamais oublier, et de toujours vous souvenir.
Puisse cette horrible époque ne plus se reproduire, tel est mon souhait pour nos enfants. Mais….Je ne sais pas ce que l’avenir va vous réserver ! 

Albert apparaît, radieux, en civil :
Chers amis, il faut que je vous dise !
Depuis près de 100 ans, je « dors » à Plugstreet à l’ombre du Mémorial !
Je m’y sens bien ! Je sais même tout ce qui s’y passe !
Vous voulez savoir pourquoi ?
Parce que chaque fois que quelqu’un pense à moi, je ressuscite et j’écoute !
Personne ne me voit, mais je suis  là, avec vous pour partager votre Liberté, votre Joie de vivre, votre Solidarité !  Et surtout, celle que vous partagez avec… Wolverton !
Au revoir :  Bye bye !

RIDEAU FINAL